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La peinture de Gwenaël Salaün est un vaste montage de signes de la culture urbaine.
"Télescopieur (sic !) de formes, de sens, Salaün procède avec l’image comme il a
longtemps pratiqué avec le son, lorsqu’il gagnait sa vie comme disc-jockey dans les boîtes
du Nord de la France et de la Belgique. C’est un monteur, un "sampleur", un embrouilleur,
un cacophoniaque (sic !) à l’affût d’harmonies inédites, fichtrement rythmées. Célébrant la
fertilité du chaos, il peint et dessine…des silhouettes transparentes, des visages insolents !
Tout cela cavale et crie, se fond en se superposant, proclamant ainsi un état d’urgence
d’adaptation..."
Françoise Monnin Artension n°43
Né à Quimper en 1960. Vit et travaille à Morlaix (Bretagne)
http://gwenaelsalaun.blogspot.com



Quand je peins je suis à la recherche de l'homme, redoutable vagabond qui avance caché, devenir chasseur c'est trop peu,
ramener des cadavres dans l'atelier ce n'est pas vaincre la Mort. Dire quoi de l'ignorance de ces incertitudes, que je vais trouver, inventer ?
Je n'y crois pas. Je me prépare à tout perdre et à en rire, alors pourquoi se taire ? Parce qu'il le faudrait idéalement et ne jamais
cesser de faire la grimace.
Une lumière discrète me décide à m'approcher, m'approcher plus près, encore plus près, et choisir de déplacer les limites dans
la seule réalité de l'atelier. Là se déchire en silence le temps dans un effort sur la matière première inconsistante, capricieuse
comme il se doit. Il faut charger les uns, sacrifier les autres, s'associer à la peinture, à l'esprit, perdre faire des choix, imaginer l'obscurité /sans titre/ l'homme avalé tout entier. Je considère le tableau comme un champ déchiré, un chaos fertile porteur
de la pensée aventureuse, le coeur du mystère de nos instincts puissants, fussent-ils dévastateurs, destructeurs,
la toile nous livre l'essentiel, la lutte avec nous-mêmes, frappé d'un idéal de beauté qui nous émeut.
Novembre 2008
Gwenaël Salaün




Il ne s'agit pas pour moi de faire naître des images, non. C'est un langage indomptable lié au ciel et à la terre, chaque œuvre ramenant le regard à la peinture.
L'expérience intuitive, le mécanisme subversif du mensonge se met en branle et fait naître ces représentations factices. L'impossible activité, l'énergie du jeu, prend ici apparence, et suggère une perturbation de la communication et donne sens à l'utopie; l'indépendance du tableau.
Alors nous ne savons pas si l'œuvre éclaire quelque chose ou si le barbouillage, l'image brouillée, nous renvoient au bruit blanc. Que reste-t-il à chercher dans la peinture? Notre propre existence s'effaçant peu à peu. Sur le résultat, il n'y a rien à dire dans l'ombre de l'atelier. Toutes les combinaisons possibles de la réalité excitent mon désir et la peinture provoque le réel.
Gwenaël Salaün, 2006





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Médicaments et créativité
Lecture Philippe Vandenberg - 5 octobre 2004 Bruxelles, Art en marge,
Ce qui suit est mon témoignage de vie commune avec l'ennemi intérieur. Une lutte
sans fin - je le sais maintenant - et après, disons cette cinquantaine d'années
vécues, je ne suis pas parvenu plus loin que de signer de temps en temps avec lui
un pacte très fragile et toujours temporaire.
Je ne veux plus être nommé artiste, car je ne veux plus l'être tel qu'il est convenu
de l'être. J'ai joué ce rôle et je me suis trop longtemps considéré comme tel, car
aucun autre mot convenait à l'ensemble de mes activités vitales, activités pour rester en vie.
Maintenant je ne veux pas et surtout ne plus l'être.
Le mot "art", "l'être artiste" est devenu au point actuel de ma vie trop limité, trop
conventionnel, trop inclus, trop "artistique" pour le combat à mener.
( Bosch, Rembrandt, Goya, Van Gogh, Artaud avaient d'autres préoccupations
en créant que de prouver leur savoir-faire. Ils luttaient ).
J'ai employé la filière, le labyrinthe, la recherche de l'image afin de trouver quelqu'un, d'attirer quelqu'un.
Je ne suis pas nommé artiste. Je suis chercheur de quelqu'un. De quelqu'un
à toucher dans tous les sens du mot. Une entente, un dialogue même muet,
un amour, c.à.d une communication. Une œuvre complète en échange d'une
compagnie, c'est un deal.
Je ne suis pas nommé artiste, je suis exilé, pensionnaire à vie, en attente
quelque part. Je suis un attendeur. Un tueur de solitude.
Le polytraumatisme de l'enfance ne s'arrête pas au seuil de l'âge adulte.
Les traumatismes de l'enfance sont des condamnations à vie et font de moi un
pensionnaire à vie. Je suis quelqu'un qui paie pension à vie.
( Surtout ne croyez pas que cette boutade bête et méchante qu'une enfance d'enfer
est une mine d'or pour un créateur. C'est nul. La souffrance n'aide pas à la
création. Ce n'est pas à cause d'elle, mais malgré elle que la création se fait ).
Ma première tentative - instinctive comme la course du lièvre - contre la douleur, ce
malaise d'être fut de griffonner un papier, dessiner une image.
Cet essai, cet espoir de communication fut mon premier médicament antidouleur
auquel je m'accrochais, une première dépendance, précurseur de toutes celles qui
allaient suivre. Gosse à destin de pensionnaire à vie.
J'y cherchais une protection, une conjuration, une consolation. C'était le cadeau,
l'appât pour quelqu'un qui viendra, vers moi l'enfant attendeur.
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